La TOMBE de
MenKheperRê-Thoutmosis III

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Généralités Découverte de la tombe Situation géographique Architecture générale L'antichambre

La chambre funéraire Architecture de la chambre Les chambres latérales Plâtrage et décoration Le découpage en 12 Heures Les 2 piliers Le sarcophage
Divers La momie Travail trop hâtif ou choix délibéré ? Séquence probable des opérations Pillage et vandalisme Quelques données en chiffres

 

1. Découverte de la tombe

On attribue habituellement à Victor LORET, directeur des fouilles dans la Vallée des rois à cette époque, la découverte de la tombe de MenKheperRê-Thoutmosis III. Mais comme le précise Loret lui-même, c'est plus exactement à Hassan effendi Hosni, inspecteur du Service des Antiquités de Gournah et à ses hommes que nous devons cette formidable trouvaille, le 12 février 1898.

Sans doute, dès le 4 février, Loret a-t-il donné l'ordre de pratiquer des sondages à l'endroit indiqué, mais il s'est absenté pour se rendre à Assouan. C'est là qu'il reçoit un télégramme, confirmé par une lettre plus détaillée, lui annonçant la nouvelle. Loret ordonne alors par télégramme de refermer immédiatement le tombeau et d'attendre son retour pour continuer le travail. (Voir texte de Loret page 3 et 4). C'est donc seulement à son retour, le 21 février, qu'il fait reprendre le déblaiement et constate l'importance de la découverte.

La tombe de MenKheperRê-Thoutmosis III est aujourd'hui officiellement référencée KV 34 (664).

1.1 Le récit de Victor Loret

J'ai reproduit ci-après le texte de Victor Loret aussi scrupuleusement que possible (y compris les coupures de mots en fin de page, mais pas la typographie). Les informations entre crochets [ ] ne figurent pas dans l'original, et les passages en rouge n'ont pour objet que d'attirer l'attention du lecteur. Toutefois l'original est strictement composé en noir. Enfin, pour en améliorer la lisibilité, les paragraphes sont séparés entre eux, ici, par un espace. Ce n'est pas le cas dans l'original qui ne comporte en outre aucune image ni photo, si ce n'est en planches, en fin d'ouvrage.

Voici donc ci-après l'intégralité de ce récit en italiques, contrairement à l’original.
(Bibân-el-Molouk désigne, en arabe, la Vallée des rois
et Gournah un village égyptien d'aujourd'hui, proche de la Vallée des rois).


[Page 3 de l'article de V. Loret]
«

LE TOMBEAU DE THOUTMÈS III

A BIBAN-EL-MOLOUK

 

Les raisons qui m'ont engagé à rechercher un tombeau royal précisément à l'endroit où j'en ai trouvé un, sont les suivantes :

1° Nous savons par les historiens grecs qui ont visité l'Egypte que, de leur temps, on montrait aux touristes, dans la Vallée des rois à Thèbes, une quarantaine de tombeaux. Or, aujourd'hui, il n'y en a plus que vingt-cinq de visibles. Donc, une quinzaine environ ont été recouverts par les débris de la montagne et peuvent être retrouvés ;

2° Au fond de la vallée, entre le tombeau de Ramsès III (n° 11), et celui de Seti II (n° 15), s'étend un vaste espace propre à recevoir des tombeaux et où, cependant, aucun tombeau n'est marqué sur les cartes archéologiques de Bibân-el-Molouk (1).

D'une part, certitude de trouver des tombes royales nouvelles ; d'autre part, large espace laissé vide sur les cartes, telles sont les raisons qui ont déterminé mon choix du terrain et m'ont fait rédiger, le 4 février [1898], un ordre de service par lequel j'ordonnais à l'inspecteur de Gournah, aidé du Raïs des fouilles, de pratiquer des sondages dans l'endroit que je lui indiquais.

Le 8 février, on n'avait rien trouvé encore et je quittais Thèbes pour Assouan, tandis que les travaux se continuaient sans moi. Le Nil, en effet, baissait rapidement et, tenant à pousser mon voyage jusqu'à la première cataracte, je ne pouvais pour le moment prolonger mon séjour à Thèbes. Le 12 [février 1898], je recevais à Assouan, de l'inspecteur de Gournah, un télégramme m'annonçant une découverte. Une lettre du même, venue peu après, m'apprenait, grâce à quelques fragments d'inscriptions copiées, que le tombeau trouvé était celui de Thoutmès III.

J'avais, dès la réception du télégramme, télégraphié à 1'inspec-


(1) Voir pl. 1.


[Page 4 de l'article de V. Loret]

teur de Gournah de refermer immédiatement le tombeau et d'attendre mon retour pour continuer le travail. De sorte que, le 21, quand je rentrai à Thèbes, je fis reprendre le déblaiement et je pus aller me rendre compte de l'importance de la découverte.

Il fallut plusieurs heures pour ouvrir, sous le linteau de la porte, un passage par où pût se glisser un homme.

Le tombeau de Thoutmès III se trouve placé, à une distance d'environ 250 mètres après celui de Ramsès III, dans une sorte d'anfractuosité de la montagne où les parois rocheuses, se dressant à pic, laissent entre elles place à un couloir large à peine d'un mètre à son ouverture. L'entrée de ce couloir se trouve située à huit ou dix mètres environ au-dessus du sol de la vallée, et l'on y accède en gravissant péniblement un talus très raide formé par des déblais qui roulent sous les pieds et obligent le patient à faire dix pas pour monter d'un mètre. Arrivé en haut du talus, on doit se faire hisser par des Arabes pour escalader une paroi à pic haute d'à peu près deux mètres. On est alors dans la place, ou du moins dans une gorge étroite menant à la place (1).

Un trou noir, très bas, s'ouvre au fond de la gorge : c'est l'entrée du tombeau, c'est la porte dégagée à sa partie supérieure. Une chaleur intense et une odeur étrange sortent de ce trou comme d'une fournaise mystérieuse. On y pénètre. Brusquement, le sol, formé de durs et anguleux éclats de calcaire, descend en formant une pente de quarante-cinq degrés. On se laisse glisser sur le dos, sur le ventre, comme on peut. On a peine à se retenir, soit sur le lit de blocs mouvants qui glissent avec vous, soit aux aspérités du plafond en pente, où les ongles trouvent difficilement une place pour s'accrocher. Au bout d'une vingtaine de mètres, le vide.

Un puits, quatre fois plus large que le corridor, barre la route (2). Il faut franchir ce puits, profond de cinq ou six mètres et large de quatre ou cinq. On y fait pénétrer une échelle, à peine assez longue, et l'on atteint, dans l'ombre, le fond du puits, formé de débris éboulés.

Pour continuer la route, il faut, de l'autre côté du puits, en face


(1) Voir pl. 2.
(2) Voir pl. 3, e.


[Page 5 de l'article de V. Loret]

de l'ouverture par où l'on est entré, atteindre une autre ouverture située à la même hauteur. L'échelle est appliquée sur cette nouvelle paroi. Elle n'atteint qu'à un mètre au-dessous du niveau de l'entrée et l'on grimpe en s'aidant d'une corde attachée à une poutre placée en travers de la porte et oubliée par des voleurs d'autrefois.

On se trouve alors dans une vaste pièce soutenue par deux massifs piliers carrés (1) On peut s'y tenir debout, allumer des bougies, et l'on reconnaît une chambre encombrée de débris, parmi lesquels une statuette de bois, debout encore sur son socle, attire de suite le regard. Les quatre murs sont couverts de peintures. aux tons sobres et sévères, admirablement conservées (2). Dans un angle du sol de la pièce, une vaste ouverture sombre indique que le tombeau ne se termine pas là (3).

Il faut descendre encore, dans ce trou béant, par un escalier aussi rapide que celui de l'entrée, escalier aux marches usées et encombrées d'éclats de calcaire. Enfin, l'on peut se redresser et constater que l'on se trouve à l'entrée d'une vaste salle, mesurant environ quinze mètres sur neuf, et soutenue par deux colonnes quadrangulaires (4). Les parois, ornées de figures au trait, et d'hiéroglyphes cursifs, le tout en noir et rouge sur fond gris, semblent avoir été tapissées d'un papyrus aux dimensions monstrueuses. Les angles de la salle sont arrondis, ce qui lui donne la forme d'un gigantesque cartouche royal.

Des débris encombrent le sol : des éclats de calcaire, des vases brisés, des ossements. Près d'une colonne, un cygne en bois bitumé, sans tête et sans pattes. A droite de l'entrée, deux statues encore debout, semblables à celles de la première salle. Enfin, au fond, derrière la seconde colonne, le sarcophage ouvert, vide, repose sur un socle d'albâtre tandis qu'à côté de lui son couvercle gît sur le sol. Je n'éprouve aucune déception à voir le sarcophage vide, la momie de Thoutmès III ayant été trouvée il y a quinze ans dans la cachette royale de Deir-el-Bahri et se trouvant exposée au Musée


(1) Voir ppl. 3, salle l.
(2) Voir pl. 4 et 5.
(3) Voir pl. 3, f.
(4) Voir pl. 3, salle 2.


[Page 6 de l'article de V. Loret]

depuis cette date. Partout, sur les murs, sur les colonnes, le nom et le prénom de Thoutmès III.

Le sarcophage est en pierre rouge, lisse, brillante, qu'au premier abord j'avais prise pour du porphyre. Mais l'erreur a peu duré. Comme les voleurs antiques avaient dû casser un peu le sarcophage pour l'ouvrir et qu'un fragment de la pierre rouge se trouvait à terre juste au-dessous de la cassure, je l'ai emporté pour l'examiner à la lumière du soleil. Le fragment était maculé de boue. Je l'ai plongé dans l'eau pour le laver et, à ma grande stupéfaction, l'eau est devenue rouge-sang. La pierre déteignait ! C'était, en effet, du grès compact trempé dans une solution rouge et ciré en quelque sorte, par surcroît, au moyen d'un vernis de même couleur. A la lueur des bougies, le sarcophage paraissait être en porphyre ; je crois qu'en plein jour il ressemblerait à un bloc immense d'agate ou de cornaline.

De chaque côté de la salle du sarcophage, s'ouvrent deux pièces aux murailles crépies d'un enduit terreux. Une rapide inspection me montre :

1° Dans la première pièce à droite (1), neuf statues entassées, en bois bitumé. Deux sont des Osiris ; une, un roi coiffé du claft et vêtu de la robe à tablier triangulaire ; quatre représentent des personnages momifiés; les deux dernières sont des léopards, aux pattes absentes. Dans un angle, des ossements, parmi lesquels je reconnais une tête et une main de cynocéphale ;

2° Dans la seconde pièce à droite (2), un grand nombre de jarres brisées, vidées, au col de quelques-unes desquelles adhèrent encore des bouchons de terre glaise, retenus par des cordes. Au milieu de la pièce, les ossements d'un bœuf au complet ; de quoi monter, en pièce anatomique, le squelette entier d'un taureau datant du XVIe siècle avant notre ère ;

3° Dans la première pièce à gauche (3), vide absolu. En cherchant bien, cependant, je trouve, dans la poussière qui recouvre le sol, un fragment de balai et le reste d'un brandon qu'ont jetés là ceux qui ont autrefois enlevé la momie de Thoutmès. Ce brandon est


 

(1) Voir pl. 3, pièce IV.
(2) Voir pl. 3, pièce III.
(3) Voir pl. 3, pièce I.


[Page 7 de l'article de V. Loret]

formé d'un régime de dattes dépouillé de ses fruits et entortillé sur lui-même ;

4° Enfin, dans la seconde pièce à gauche (1), s'étalent côte à côte, sur le sol, deux cercueils qui ont été ouverts autrefois, et refermés. L'absence de barbe semble indiquer que ce sont des femmes. Aucun nom n'est lisible sur les couvercles, qui sont enduits d'une couche de poussière et d'excréments de chauves-souris. Je fais soulever légèrement les couvercles dans l'idée qu'il y a peut-être des bijoux ou des objets précieux à sauvegarder. Rien ! Rien que deux momies admirablement conservées et emmaillotées de tissus aux couleurs douces, sur lesquels s'entrecroisent des bandelettes aux teintes plus vives.....

Pendant les trois jours qui suivirent, je retournai au tombeau royal. Aidé de M. Sobhi Arif, inspecteur au Service des antiquités, de Hassan effendi Hosni, inspecteur de Gournah, et du Raïs des fouilles, j'en dressai le plan, je notai la place de tous les objets, même les plus minuscules, grâce à un quadrillage dessiné sur le plan et reproduit sur la poussière de la tombe. Je fis ensuite, un à un, enlever et jeter au dehors chacun des mille éclats de calcaire qui jonchaient le sol, après avoir examiné si, par hasard, ils ne portaient aucune trace d'inscription ou de couleur. Ce long et minutieux examen ne me fit découvrir qu'un seul éclat, brisé en deux, sur lequel un peintre s'était essayé d'avance à dessiner à l'encre l'un des nombreux personnages représentés au trait sur les murs.

Lorsque je quittais Thèbes, il y a huit jours, pour y retourner dès ce soir, le tombeau, presque entièrement déblayé, présentait un tout autre aspect que celui qui m'avait tant frappé le premier jour. Au lieu de la butte glissante, un escalier provisoire formé de blocs solidement superposés. Au lieu des deux mètres de roche à pic que l'on devait franchir hissé par des Arabes, une prosaïque mais pratique échelle de bois. Au lieu de la descente périlleuse et involontaire, des escaliers et des couloirs en pente. Sur le puits, un pont formé de deux planches. Bref, le tombeau est maintenant d'un accès relativement facile et il faudra peu de travail pour le mettre


(1) Voir pl. 3, pièce II.


[Page 8 de l'article de V. Loret]

à la disposition des touristes. Tous les objets avaient été transportés sur la dahabieh du Service des antiquités, après avoir été soigneusement classés, étiquetés et notés sur le plan. La porte d'entrée a été murée à nouveau, pour toute la durée de mon absence, et elle est gardée nuit et jour par cinq ghafirs armés. Dès mon retour, je terminerai le travail et je photographierai toutes les parois du tombeau.

En somme, les documents nouveaux apportés à la science par la découverte de ce tombeau sont nombreux et intéressants. Sans parler du mobilier funéraire, malheureusement presque entièrement détruit, on peut citer dès maintenant :

1° Dans la première salle, peint sur les quatre parois, un catalogue méthodique de 741 divinités, représentées avec accessoires et attributs et portant chacune son nom auprès d'elle (1). Des dieux de haute célébrité, tels que Osiris et Anubis, s'y trouvent rangés, grâce à la classification adoptée et soigneusement expliquée, au milieu de divinités secondaires inconnues jusqu'ici ;

2° Dans la seconde salle, peint également sur les murs, un exemplaire complet, sans une lacune, de tout le Livre de ce qu'il y a dans l'Hadès, sorte de Guide dans l'autre monde, accompagné de plans et de cartes. Le plus ancien exemplaire connu de ce livre était celui du tombeau d'Aménophis III. Celui de Thoutmès III nous fait remonter à un demi-siècle au moins en arrière ;

3° Dans cette même salle, une colonne nous présente une scène d'un grand intérêt historique (2), Thoutmès III est représenté suivi de sa mère Isi-t, connue déjà par le linceul de la momie du roi ; de sa femme Râ-meri-t, vivante ; de sa femme Aâh-sa-t, défunte (3); de sa femme Nebi-t-khrou ; de sa fille Noufri-t-ârou, défunte.

Ce tableau semble représenter l'état de la famille du roi, au moment de sa mort. Puisque deux femmes seulement y sont consi-


(1) Voir ppl. 4 et 5.
(2) Voir pl. 6.
(3) Quelques semaines avant la découverte du tombeau de Thoutmès III. M. G. Legrain, inspecteur-dessinateur au Service des antiquités, avait mis à jour, en déblayant le fond du temple de Karnak, un bas-relief représentant cette même reine
Aâh-sa-t, en compagnie de Thoutmès III. Il a bien voulu photographier ce bas-relief à mon intention et me permettre de le reproduire ici (voir pl. 7) [non disponible dans cette édition, car de trop mauvaise qualité].


[Page 9 de l'article de V. Loret]

dérées comme défuntes, à savoir la reine Aâh-sa-t et la princesse Noufri-t-ârou, je ne crois pas m'aventurer trop en pensant que ce sont justement ces deux femmes dont j'ai retrouvé les cercueils dans le tombeau du roi. Quand ces cercueils arriveront au Musée de Gizeh, j'en ferai nettoyer les couvercles. Des légendes, peut-être, y apparaîtront et nous montreront si j'ai deviné juste.

4 mars 1898.  »

[Fin de l'article de V. Loret]


Les pages 10 à 24 qui font suite à ce texte ne sont pas reproduites ici. Elles sont consacrées à la découverte qu'il fit, quelques jours plus tard, les 8 et 9 mars, de la tombe d'AmenHotep II (appelé Aménophis II comme on le fait encore parfois), et qui contenait une cachette de dix momies royales, dont celle d'AmenHotep III.

1.2 Travaux d'autres égyptologues

Après cette découverte et une dizaine de jours consacrés à une fouille minutieuse, au relevé précis des lieux, à l'établissement d'un catalogue de tous les objets trouvés, et à la rédaction de l'article ci-dessus, le travail de Victor Loret sera poursuivi par bien d'autres égyptologues. On peut citer, sans pouvoir les nommer tous dans un ouvrage comme celui-ci, des savants comme Georges Daressy, Gaston Maspéro, Howard Carter qui examina très soigneusement la tombe en 1920. Paul Bucher édita en 1932 l'intégralité des textes hiéroglyphiques tracés dans la tombe de Thoutmosis III (textes que nous rééditons ici, après quelques correctifs) et dans celle de son fils AmenHotep II. Siegfried Schott en réalisa quelques photos couleur et étudia les textes de l'Amdouat. W.C. Hayes publia en 1935 une étude des sarcophages de la XVIIIe dynastie (textes reproduits en partie ici). Citons enfin Erik Hornung dont les ouvrages sur l'Amdouat font maintenant partout autorité.

En 1975, un autre égyptologue, John Romer, publiait dans le périodique MDIK de Mayence, une étude approfondie et passionnante sur l'architecture de cette tombe. Malheureusement, son texte a été mal relu avant impression. On y trouve de nombreuses inexactitudes (ne portant que sur des points de détail). Il a aussi été victime d'erreurs d'impression et de coquilles qui rendent certains de ses schémas inexploitables et ses renvois douteux. Je me suis toutefois largement inspiré de ce document, remarquable par ailleurs, pour la rédaction de ce chapitre.

2. Situation géographique

Dans la Vallée des rois , cette tombe se trouve tout au bout du chemin qu'empruntent aujourd'hui les touristes. Pour y parvenir, il faut donc marcher un peu et atteindre, à l'extrême sud de la vallée, une anfractuosité de la montagne située à une dizaine de mètres au-dessus du niveau du sol, et d'où l'on découvre un paysage majestueux. .

Le premier roi à être enterré dans cette vallée, au pied de l'imposante pyramide naturelle qui la domine , fut peut-être Thoutmosis Ier dans la tombe KV 38. Ce n'est pas celle d'origine creusée par Inéni selon les textes et qui reste à identifier ou à découvrir. MenKheperRê la fit réaliser pour y ré-inhumer son grand-père dans un sarcophage neuf sortant très probablement du même atelier que le sien. MenKheperRê la fit décorer du premier exemplaire connu des Écrits de l'Espace Caché, les textes de l'Amdouat.

Selon toute probabilité, bien que les spécialistes ne soient pas tous d'accord sur cette question, le personnage que l'on a ensuite enseveli dans la Vallée des rois (KV 42), n'est sans doute pas Thoutmosis II, car aucun élément de son matériel funéraire n'a jamais été retrouvé. Cet hypogée semble bien plutôt celui de la reine MerytRê, épouse de MenKheperRê, comme tendent à le prouver les dépôts de fondation découverts par Howard CARTER.

3. Architecture générale

3.1 Creusement

Faire creuser une tombe, pour un roi, a toujours été une préoccupation importante pour lui permettre de s'assurer une survie digne de son rang dans l'au-delà et d'être reçu par les dieux comme l'un des leurs. On ne peut savoir quand le creusement de cette tombe a été ordonné, mais quand on y descend  le travail semble inachevé, du moins dans la descenderie (a-d) qui conduit jusqu'au puits. Quant à la décoration des chambres 1 et 2 du plan général, des faits archéologiques démontrent qu'elle a été réalisée à la hâte, avec une préparation insuffisante de la répartition des scènes sur les murs alors que les funérailles royales avaient déjà eu lieu et que le pharaon reposait vraisemblablement dans son sarcophage. On pourra consulter des informations plus précises à ce sujet tout au long de ce chapitre, et plus particulièrement au paragraphe tentant de reconstituer la séquence probable des opérations.

Dans cette vallée, le choix de l'emplacement s'est porté sur une faille située tout au sud et à laquelle on accède assez difficilement. Juste au-dessus passe un des chemins qui conduisent, depuis l'antiquité, sur l'autre versant de la montagne, à Deir el-Bahari.

Le plan général de la tombe en forme de cartouche s'inspire des deux autres qu'avait déjà fait creuser MenKheperRê-Thoutmosis III dans la Vallée des rois, et qui semble spécifique à ce seul règne. De plus, par certains aspects, celle de son fils AmenHotep II présente quelques caractéristiques semblables.
Une observation même rapide de ces plans permet de constater plusieurs faits :

Chez MenKheperRê-Thoutmosis III, même s'il ne fait aucun doute que la décoration a été réalisée à la hâte, la disposition même des pièces et leurs formes asymétriques ne résultent pas de difficultés techniques survenues lors du creusement de la tombe. La disposition semble bien plutôt relever d'une volonté délibérée des architectes basée sur une certaine compréhension de l'au-delà, de ses chemins tortueux, de son mystère et de ses dangers transposés dans la roche, du moins à cette époque. Mais ces hypothétiques considérations religieuses n'ont pas empêché les ouvriers de réaliser avec grande maîtrise les murs et les délicats arrondis des chambres funéraires en forme de cartouche.

3.2 Descenderie et corridors

L'accès à la tombe creusée dans la roche calcaire se fait par une entrée de 2,04 m de haut sur 1,35 m de large qui donne sur un escalier (a) en pente raide . Victor Loret en fait une description très vivante quand il écrit, « on se laisse glisser sur le dos, sur le ventre, comme on peut. On a peine à se retenir, soit sur le lit de blocs mouvants qui glissent avec vous, soit aux aspérités du plafond en pente...». Un escalier provisoire avait été ensuite aménagé et on peut y descendre aujourd'hui en toute sécurité.

Au pied de l'escalier, on accède à un corridor (b) en pente moins forte d'une dizaine de mètres et de section presque carrée. Ses murs sont bien travaillés et l'on y voit nettement la trace des outils qui ont taillé le calcaire. Ce corridor se termine par 17 mauvaises marches.

Un escalier (c) plus large que le corridor précédent mais en pente plus raide et d'une hauteur avoisinant 2 mètres conduit, après une embrasure de porte (entre c et d) de 1,95 m de haut sur 0,97 m de large (mais qui a été élargie sur sa droite jusqu'à 1,30 m) à un second corridor (d) d'environ 7 mètres. Une nouvelle embrasure de porte (entre d et e) d'environ 1,90 m de haut sur 1,13 m de large (élargie elle aussi, mais sur sa gauche, jusqu'à 1,30 m) donne accès à un puits.

3.3 Puits

Ce puits d'environ 5 m (e), du plafond jusqu'à un sol imprécis, mesure 5,15 m dans sa largeur. Aujourd'hui une passerelle enjambe en biais ses 3,96 m de longueur, car les deux portes ne sont pas en face l'une de l'autre. Il présente un aspect de finition bien supérieure aux corridors précédents puisqu'il est plâtré et, dans sa partie supérieure, le plafond est décoré d'étoiles jaunes sur fond bleu. Les murs plâtrés jusqu'à une profondeur de 4,60 m portent dans leur partie supérieure la même frise de hékérou (égyptien Xkrw, écrit avec le signe Aa30 ) qui orne une bonne partie de la tombe.

La porte (d-e) qui donne accès à ce puits , la porte (e-1) qui conduit à l'antichambre et la porte (c-d) au bas de l'escalier précédent ont été élargies à 1,30 m sans doute pour permettre le passage d'un élément - non identifiable aujourd'hui - du mobilier funéraire plus difficile à faire passer que prévu, et cela au moment des funérailles. Il est d'ailleurs logique de constater que la porte qui donne sur le puits (d-e) et celle qui conduit à l'antichambre (e-1) ont été élargies toutes deux sur leur gauche (pour quelqu'un qui descend), car elles ne se font pas face et la passerelle qui enjambe le puits est en bais . Pour y faire passer cet objet, il fallait qu'il la suive exactement et se présente de biais devant la porte de l'antichambre, sinon il aurait pu basculer dans le puits et les ouvriers auraient été gênés pour manœuvrer. 
Il ne s'agit pas du sarcophage qui n'a que 85 cm de large et qui pouvait passer car, de toute façon, engager un tel poids en biais, sur une passerelle de bois et au-dessus d'un puits aurait relevé d'un inutile et dangereux exploit technique. Le bon sens le plus élémentaire imposait qu'on le descende sans difficulté avant que le puits soit creusé.

On peut constater, à travers un sérieux incident de ce genre - hypothétique mais vraisemblable -, que le déroulement des funérailles royales pouvait ne pas toujours correspondre au côté grandiose et au protocole hiératique que l'on imagine aujourd'hui pour un tel événement.

Mais par ailleurs, quel était le rôle exact de ce puits ? On a parfois pensé qu'il pouvait servir à recueillir les eaux d'une pluie d'orage. C'est peut-être ce qui s'est produit ici car, au fond, on a trouvé de la boue et des cailloux. Mais l'argument n'est pas totalement convaincant, car certaines tombes qui en auraient eu besoin n'en ont pas alors que d'autres naturellement protégées en ont un. Les spécialistes ne s'accordent guère entre eux. Certains ont pu y voir un moyen d'entraver la marche de voleurs qui, de toute façon, se seraient gaussés d'un tel procédé. D'autres encore y voient le simple respect d'une tradition. Il a peut-être un rôle religieux ou symbolique lié à l'au-delà car il est décoré, mais sa signification et son rôle exacts nous échappent encore.

3.4 Antichambre

Après avoir passé le puits, le visiteur accède à une antichambre totalement asymétrique (1), comme on peut le constater sur le schéma, formant un trapèze aux bases non parallèles. Elle mesure environ 10 m sur 5 à 8 m. Elle est soigneusement plâtrée, bien qu'on puisse constater nettement que le coin sud-est n'est pas terminé et qu'il est recouvert de plâtre , ce qui donne une impression de hâte dans la réalisation des travaux. Les murs sont toutefois décorés avec beaucoup de soin.

Deux piliers massifs de 1,26 m sur 1,10 m de section, au centre de cette pièce de 2,75 m de haut, semblent en soutenir le plafond. Leurs faces ne sont parallèles à aucun des murs, mais ils sont parfaitement alignés l'un par rapport à l'autre. Il me paraît quasiment certain que l'aspect général de cette pièce a été délibérément choisi par les architectes, car les ouvriers de la nécropole étaient tout à fait capables de creuser une tombe aux murs bien parallèles et des piliers de section carrée.

La porte d'accès venant du puits (e-1 ) (dont John Romer ne donne pas les dimensions, mais dont la hauteur est estimée de 1,50 m à gauche et 1,70 m à droite d'après photo) a été élargie à 1,30 m pour les raisons déjà évoquées ci-dessus.

En pénétrant dans cette antichambre, on constate que la tombe s'oriente environ à 90° à gauche. C'est également le cas pour la tombe de son fils AmenHotep II . Chez ses prédécesseurs , l'angle est aussi de 90° pour KV 42 (650) et voisine de 45° seulement chez Thoutmosis Ier.

Un escalier en pente raide dans l'angle nord-est de l'antichambre descend à la chambre funéraire. Il commence au niveau du deuxième pilier.

Les textes et les images de cette antichambre ne font pas l'objet d'une étude plus approfondie dans cet ouvrage consacré à la seule chambre funéraire. Toutefois, nous en donnons ici un bref aperçu.

Seuls les murs sont décorés d'un ensemble impressionnant de 741 aspects divins, souvent appelés à tort catalogue de dieux. Ce sont les mêmes que l'on retrouve dans les textes et illustrations des 12 Heures de la nuit - les textes de l'Amdouat - qui décorent la chambre funéraire, objet de cette étude.

Ils sont disposés Heure par Heure tout autour de la pièce, sans séparation nette entre les Heures, en partant de la porte d'entrée, à droite (pour un visiteur qui entre) pour se terminer à gauche de cette même porte .
Les Heures s'écoulent donc de la droite vers la gauche, dans le sens inverse de la course apparente du soleil, alors que c'est globalement le contraire dans la chambre funéraire. En outre, les divinités qui les composent sont tournées, elles, vers la droite. Cette répartition apparemment contradictoire des scènes et des divinités accroît encore le sentiment de chaos - totalement voulu et maîtrisé, à mon sens - déjà ressenti avec la géographie même de la pièce.


Les murs d'environ 2,75 m à 2,80 m de haut sont décorés comme le montre la photo ci-contre.
La partie supérieure des murs, sur une hauteur d'environ 1 m, est occupée par une imposante frise faite de quatre registres de hauteurs semblables (~ 25 cm) : un registre de hékérou, et trois autres constitués d'étoiles et de cassolettes d'encens.
La partie médiane (sur une hauteur de ~ 1 m également) est divisée en trois registres de divinités surmontés chacun d'une bande pouvant contenir un bref texte décrivant la catégorie de divinités représentées.
La partie inférieure (sur une hauteur de ~ 0,87 m) est constituée de bandes colorées de hauteurs différentes : ocre jaune, ocre rouge, blanche puis noire.

Dans chaque registre, chaque divinité est représentée tournée vers la droite dans une case de forme carrée (de 13 à 14 cm de côté) surmontée d'un autre case de même dimension contenant son nom . Le trait horizontal qui sépare les deux cases carrées est parfois à peine visible.

Dans chaque case, chaque divinité est précédée du hiéroglyphe représentant une cassolette d'encens (R7) (à moins qu'ils s'agisse d'une torche avec flamme et fumée (Q7), selon les interprétations possibles).
Certaines cases peuvent contenir de deux à quatre divinités, en effet perspective , portant un nom collectif. La case contient alors autant de cassolettes que de divinités dans la case.
On pourra bien sûr rencontrer ici ou là quelques exceptions à cette règle générale de disposition des dieux dans leurs cases.

La barque contenant la Chair (divine) figure dans six cases à la 1e Heure , au registre 3. Les autres barques n'occupent que deux cases (une pour la barque et une pour son nom écrit au-dessus).
Les noms des dieux correspondent globalement à ceux des mêmes registres des mêmes Heures dans la chambre funéraire, quand elles en ont elles-mêmes trois et quand la disposition des scènes de l'Amdouat n'est pas gravement perturbée par la présence d'une porte d'accès à une chambre latérale. Les noms de certains dieux peuvent présenter une double graphie : l'une en noir (abrégée) et l'autre en rouge (complète) . Les noms divins (sauf quelques exceptions) et les petits textes descriptifs dans les bandes horizontales réservées à cet effet sont écrits en hiéroglyphes cursifs et dans le sens ordinaire non rétrograde (de droite à gauche).

Parmi les divinités, les noms de couronnement et de naissance de MenKheperRê-Thoutmosis III figurent chacun une fois au 3e registre de la 6e Heure . Ces cartouches royaux ont été tracés avec beaucoup de soin, contrairement à ce qu'on peut constater parfois dans la chambre funéraire. (Voir par exemple à l'introduction de la 5e Heure [5,i 3], note 204). La place de son nom de naissance et le bâton-serpent qui l'accompagne l'intègrent à la pseudo-ennéade (n°s 477 à 485) de la chambre funéraire.

On pourra se reporter éventuellement aux planches XIV à XXII de la publication de Paul BUCHER.

Les piliers se sont pas décorés, mais il auraient dû l'être, le temps ayant sans doute manqué aux décorateurs. On distingue en effet un quadrillage destiné à recevoir une décoration dont seules quelques esquisses sont décelables.

4. Chambre funéraire et chambres latérales

4.1 Architecture

Accès

Un escalier en pente raide conduit à la chambre funéraire, 3,60 m plus bas. Il commence dans l'angle nord-est de l'antichambre (1) , au niveau du deuxième pilier. On ne peut dénombrer que 14 marches sur les 16 qu'il comptait sans doute autrefois. Aujourd'hui il a été doublé par un autre en bois . Tout en bas, le sol a été recouvert d'un plancher pour tenter d'empêcher la poussière de voler et de se déposer sur les peintures ; enfin les murs ont été protégés par des plexiglas jusqu'à la partie supérieure du registre 2 environ.

L'embrasure de la porte d'entrée, décentrée à gauche, mesure 1,35 m de large sur 2,89 m de haut. On n'a pas détecté de trace de scellement pour y placer une porte. Il semble toutefois qu'au moins un mur de pierres sèches devait obturer le passage.
Creusement

La chambre funéraire se présente sous la forme d'un majestueux cartouche dont la forme, élongée pour y inscrire le 4e ou le 5e nom royal, représente le circuit apparent du soleil autour de la terre. Trois tombes seulement sont connues pour avoir cette forme , les deux autres étant celle de son grand-père Thoutmosis Ier (KV 38) et celle attribuée à son père Thoutmosis II ou à MerytRê épouse de MenKheperRê-Thoutmosis (KV 42).

Après deux piliers massifs non centrés, un sarcophage de taille assez modeste mais très joliment décoré repose sur un socle d'albâtre dont les morceaux brisés ont été de nos jours remis en ordre. Dans cette chambre, moins que dans l'antichambre toutefois, presque tous les éléments architecturaux se présentent de façon asymétrique. Les deux murs les plus longs, à l'est et à l'ouest, accusent un écart de parallélisme de 10 cm. Trois seulement des arrondis d'angles ont le même rayon, aucune des quatre chambres latérales - qui ne se font d'ailleurs pas face - ne ressemble à sa voisine, et les piliers ne sont ni centrés par rapport à la chambre ni alignés l'un sur l'autre.

Comme nous allons pouvoir le constater dans le paragraphe consacré à l'étude du plan, bien d'autres observations marquent cependant une grande maîtrise dans le creusement de cette pièce. Une telle quantité d'éléments contradictoires, ajoutés à ceux déjà observés dans l'antichambre, amènent à se poser une question : le travail de creusement a-t-il été réalisé à la hâte ou avec de gros problèmes d'ordre technique, ou s'agit-il d'un choix délibéré des architectes ?

Plan de la chambre funéraire

Cette chambre mesure 14,67 m de long, 8,50 m de large, et 3,26 m de haut.
soit 28 x 16 x ~6 coudées.
Prenons donc la coudée comme unité de mesure, celle qu'utilisaient les Égyptiens eux-mêmes et donc beaucoup plus parlante, et projetons sur le plan ci-dessous une grille dont chaque carreau représente 2 coudées (soit ~1,05 m).

Vous pouvez cliquer sur une mini-photo pour en voir les détails en schéma.

Les dimensions données ci-dessus correspondent au rectangle KLMN ci-contre. L'écart de parallélisme de 10 cm entre les murs KN et LM n'apparaît pas sur notre schéma.

On constate ainsi que :
- les quarts de cercle approximatifs formant les quatre coins de la chambre ont 4 coudées de rayon, sauf celui situé au sud-ouest (du côté du point N) dont le rayon est de 5 coudées ;
- les quatre portes d'accès aux chambres latérales mesurent toutes 2 coudées ;
- un axe vertical AB peut être établi sur trois repères exactement alignés :  l'avant de l'eau sur laquelle navigue la barque de H11R2 au point A, la face d du Pilier 1, et un grand trait fin tracé devant la déesse 322 de H4dR4 au point B (651) ; cet axe AB partage ainsi la chambre en deux moitiés (presque) égales de 8 x 28 coudées chacune ;
- l'axe horizontal CD, qui coupe l'axe AB à angles droits, peut s'établir sur deux autres repères : un angle de la porte donnant sur la chambre II au point C, et un petit trait tracé par les décorateurs entre le serpent 395 et le dieu 396 de H5R3 au point D ; cet axe CD forme d'ailleurs avec le côté NM un carré de 16 coudées, malgré l'effet d'optique.

Après avoir constaté l'existence de ces deux axes principaux AB et CD, nous pouvons en tracer deux autres, les axes secondaires EF et GH, qui se coupent eux aussi à angles droits.
- L'axe horizontal GH, s'établit sur trois repères : un angle de la porte donnant sur la chambre I au point G, la face c du Pilier 1, et un angle de porte donnant sur la chambre IV au point H ; le mur nord-ouest (KL) qui n'est pas parallèle au mur sud-ouest (NM) est à peu près parallèle à cet axe ;
- l'axe vertical EF, beaucoup plus théorique, peut s'établir aux seuls motifs qu'il correspond à la face d du Pilier 2 et qu'il coupe l'axe GH à angles droits.

Quant aux deux piliers, ils n'ont pas une véritable section carrée et leurs faces ne sont pas alignées sur les mêmes axes. On a déjà constaté ci-dessus que :
- pour P1, sa face c est alignée sur l'axe GH, et sa face d sur l'axe AB,
- pour P2, sa face d est alignée sur l'axe EF.

Les chambres latérales

Notons encore la disposition pour le moins curieuse des quatre chambres latérales dont les formes irrégulières et les surfaces dissemblables semblent relever soit d'un extrême laisser-aller dans la conduite et la réalisation des travaux, soit de graves difficultés rencontrées dans le creusement du calcaire, autant de raisons qui semblent difficiles à accepter totalement.

Leur murs sont grossièrement enduits d'un crépi terreux. La chambre II est la mieux réalisée. Les chambres I et IV ont leur seuil au même niveau que le sol de la chambre funéraire, mais dans la chambre I, il faut descendre une marche pour en atteindre le sol. Le seuil de la chambre II est surélevé de 0,35 m et celui de la chambre III l'est aussi de 0,60 m !

Elles ont toutes été fermées par des portes en bois d'un seul montant. Les trous de verrous se trouvent à gauche des embrasures et ceux des gonds à droite. Les voleurs ont arraché ces portes et les traces qu'ils ont laissées ont donné de précieuses indications aux archéologues. Lors des funérailles royales, on avait placé dans les chambres latérales les innombrables objets de toutes sortes accompagnant le défunt dans son voyage. Bien des tombes de particuliers représentent d'ailleurs le cortège funèbre et les porteurs de ces objets dont la richesse allait tant exciter la convoitise des pillards. Puis les chambres ont été fermées et peut-être scellées. Des traces de pigments bleus (utilisés pour sceller la porte ?) ont été retrouvées à l'entrée de la chambre II.
Après avoir colmaté au plâtre les trous et les espaces qui pouvaient encore subsister, on en a repassé une dernière fine couche pour terminer proprement le travail, en chevauchant de 10 cm environ les murs de la chambre funéraire principale. La différence de textures, encore détectable à l’époque où John ROMER avait noté ses observations, est très difficile à observer aujourd'hui.

4.2 Objets trouvés dans la tombe

Lors de la découverte de la tombe, Victor Loret fait état de ce qu'il y a trouvé, un bien maigre butin si l'on imagine ce qu'elle pouvait contenir avant le passage des pillards...

Le musée rosicrucien de San José, en Californie, détient dans sa collection égyptologique, un modèle réduit de bateau d'une grande qualité portant le cartouche du roi. L'ouvrage de Porter & Moss «Topographical Bibliography...» en fait mention (652). Il ne provient pas directement de la tombe elle-même, car Victor Loret n'en parle pas, mais il aurait pu s'y trouver avant le pillage des temps anciens... Le lecteur aura certainement plaisir à découvrir ce bien joli bateau ailé où navigue, dans l'au-delà, le roi MenKheperRê coiffé de la couronne d'Osiris .

4.3 Système de plâtrage et de décoration

Finition des murs

L'observation fine des murs de la chambre funéraire, avant que des restaurations modernes n'aient été réalisées, a montré qu'ils ont été taillés avec le plus grand soin, et que la couche de plâtre qui recouvre la pierre avoisine les 5 cm. Puis la surface des murs a été finement lissée, séchée et polie avant séchage. Une observation très précise de la texture du plâtre a permis aux spécialistes de se rendre compte des techniques utilisées.

La décoration de la chambre funéraire ressemble à un immense papyrus déroulé qui en tapisserait les murs. Le fond en a la même couleur et les textes sont écrits avec la même graphie cursive que celle utilisée dans le Livre pour Sortir le Jour (ou Livre des Morts) et qu'on appelle hiéroglyphes cursifs. L'ensemble de la décoration donne une sensation stupéfiante de fraîcheur et de spontanéité. Cette couleur de fond semble naturelle, car les différentes cassures ou fissures que l'on peut observer montrent ou bien que le plâtre a été teinté dans la masse (ce qui semble improbable), ou bien qu'il avait naturellement cette couleur. On trouve en effet en Égypte des chaux naturelles de différents tons, allant du blanc au brun clair en passant par le gris et même le rose, dont on a sans doute fait usage à cette occasion (653). Mieux qu'une peinture, un tel choix assure une parfaite homogénéité de la teinte choisie sur toute la surface des murs.

Décoration du plafond et des murs

Une étude approfondie des peintures, de la disposition des décorations, de la répartition des textes et des inévitables imperfections des travaux a permis aux archéologues de comprendre comment et dans quel ordre les ouvriers et les artistes décorateurs ont vraisemblablement procédé.

Les différentes petites éclaboussures ou minces gouttes de couleurs qui ont coulé des pinceaux et qui chevauchent d'autres couleurs démontrent qu'on a d'abord commencé par peindre le plafond en bleu. Pas de traces d'éclaboussures de ce bleu, mais des gouttelettes du jaune vif, utilisé pour les étoiles, sont tombées du plafond sur les murs, en-dessous, et sont assez peu visibles.

La frise de hékérou( égyptien Xkrw, écrit avec le signe Aa30 ) qui fait le tour complet de la chambre a dû être réalisée après le plafond, ou en même temps, comme le prouvent certains chevauchements de couleurs. Des gouttelettes du gris qu'on y trouve, et qui était peut-être plus fluide que les autres couleurs, sont également tombées sur les murs. Certaines de ces taches ont d'ailleurs été partiellement recouvertes par des peintures utilisées pour la décoration des scènes ou pour l'écriture des textes.

On constate aussi la présence discrète de marques de pré-positionnement des registres (difficilement visibles), tracées à l'ocre rouge très clair avec un pinceau fin, destinées à être recouvertes par le tracé définitif. Parfois, surtout au niveau des bandes représentant du sable, ce tracé initial n'a pas été totalement suivi.
La décoration à proprement parler commençait par les figures en noir, et celles en rouge suivaient. Puis les textes étaient écrits, d'abord ceux en noir puis ceux en rouge, mais il est évident que cet ordre n'était pas systématique et dépendait aussi du contenu du texte et du mélange éventuel des couleurs dans une même phrase. Enfin, les lignes noires permettant de délimiter plus visiblement chaque bande de couleur et chaque registre étaient délicatement tracées.

Les huit couleurs appartenant à la palette de l'artiste se retrouvent presque toutes dans la frise continue de hékérou . Ce sont les suivantes :

Dans cette frise, sous les hékérou eux-mêmes, la bande de couleurs déjà mentionnées et nettement délimitées par de petits traits verticaux blancs constitue un élément de décoration traditionnel chez les Égyptiens. On trouve ici, comme dans bien d'autres tombes royales ou de particuliers (654), du jaune, du vert (turquoise), du rouge et du bleu nuit souvent difficile à distinguer du noir . L'ordre de succession des couleurs n'est d'ailleurs pas immuable.

Les pigments utilisés pour le noir et le rouge destinés aux textes sont plus finement broyés que pour ceux destinés aux scènes générales de l'Amdouat et aux diverses bandes décoratives.

Décoration inférieure des murs

Sous les zones réservées aux scènes de l'Amdouat, une sorte de plinthe faite de bandes colorées est peinte jusqu'au sol. Sa réalisation est nettement moins soignée que le reste. On peut même constater une certaine négligence dans la peinture de cette plinthe sous la 9e Heure, à droite de la porte d'accès à la chambre II, où l'on a peint autour de deux objets inconnus rectangulaires sans même les déplacer. Les manques de peinture sont encore parfaitement visibles .

Schéma de répartition des éléments décoratifs

Le schéma ci-dessous montre la répartition verticale des divers éléments décoratifs.
Exemple pris à la 12e Heure, qui comporte trois registres.
Du plafond jusqu'au sol, l'ensemble mesure 3,26 m avec quelques variations qu'on peut aisément imaginer tout autour de la tombe. Les hauteurs indiquées sont donc approximatives et ont pour seul objet de donner un ordre de grandeur. La valeur moyenne de la coudée, dans cette tombe, est de 52,3 cm, mais elle peut s'avérer très... élastique pour les décorateurs eux-mêmes.
Pour mémoire, une coudée contient 7 palmes de 7,47 cm, et la palme contient 4 doigts de 1,87 cm.

Zone Description Hauteur
en mesures égyptiennes
Hauteur
en cm
 
  Fine bande blanche, tout en haut, non reproduite ci-contre ~1 doigt 2 cm
A A1 Frise de hékérou avec rectangles de couleurs et bande étoilée ~ 5 palmes 35,6 cm
A2 bande sablonneuse ~ 1 palme 7,5 cm
A3 zone de texte courant en haut de tous les registres supérieurs ~1 doigt + 1 palme 8,75 cm
B B1 registre 1 ~ 1 coudée 53,75 cm
B2 bande sablonneuse  ~ 1 palme 7,5 cm
B3 registre 2 ~ 1 coudée 53,5 cm
B4 bande sablonneuse ~ 1 palme 8,6 cm
B5 registre 3 1 c. + 1 palme 62,5 cm
B6 bande sablonneuse ~ 1 palme 8,3 cm
C C1 séparation noire + bande décorative ocre jaune ~1 doigt + 1 palme 9,4 cm
C2 séparation noire + bande décorative ocre rouge ~1 doigt + 1 palme 10,4 cm
C3 bande noire allant jusqu'au sol ~ 1 coudée 58,2 cm

On peut considérer que le mur se divise très grossièrement en cinq bandes horizontales de 0,65 m chacune : deux pour la décoration du haut et du bas (fond jaune sur notre schéma), et trois pour les registres (fond vert), ce qui est bien sûr presque systématiquement faux après addition, mais permet de s'en faire une idée vague approximative.

Autre façon de se représenter la répartition des zones de décoration : la tête d'un homme de 1,70 m debout arriverait environ à la hauteur de la corde de halage, au registre 2, au niveau de la tête du serpent . Un scribe sans échafaudage aurait donc pu facilement écrire dans une large moitié inférieure du registre 2.

4.4 Le découpage en 12 Heures

Principes de la décoration

La chambre funéraire est décorée sur le modèle d'une tombe imaginaire préparée par Horus « dans la partie cachée de la Douat » pour le cadavre de son père Osiris, et qu'il aurait décorée lui-même. Les textes nous rappellent partout cette « image qu'a faite Horus » et précisent Heure par Heure que « ces choses sont réalisées de façon identique en peinture dans la (partie) cachée de la Douat ». Les images de cette chambre en sont donc la copie conforme. A tel point que l'Espace Caché désigne aussi bien cette sorte de prototype de l'au-delà que la chambre funéraire souterraine elle-même. Il suffit donc de s'en référer aux textes pour connaître la place exacte de chaque Heure. (Voir à ce propos la disposition des Heures, avec preuve par les textes, dans la section consacrée à ce sujet).

La nuit durant laquelle le dieu solaire en léthargie accomplit son périple est découpée en douze Heures. En s'y arrêtant, le dieu visite ses propres aspects dans les grands centres religieux de l'Égypte, tels qu'Abydos, Memphis, le Delta du Nil et Héliopolis, chacun correspondant à un certain nombre d'Heures .

Scènes sur trois registres

Seules les Heures H1, H2, H3 et H4g sont réparties sur quatre registres pour des raisons de manque de place (voir explications, par exemple, à la présentation de H2). Toutes les autres Heures comportent trois registres. Toutes sont délimitées par des traits verticaux noirs.

Au registre central (R2), la barque solaire navigue au milieu d'un fleuve imaginaire de l'au-delà, l'Ourenes. Ses adorateurs et ses protecteurs sont répartis de part et d'autre du parcours, sur les berges, aux registres 1 et 3 (R1 et R3). Dans les Heures H1, H2 et H3 à quatre registres, R2 et R3 sont indissociables et représentent en fait le fleuve central où navigue la barque divine. En H4g, le cas est différent, car le R1 contient le texte de conclusion de H3 et l'introduction de H4, par manque de place.

La partie supérieure du R1 est surmontée d'une bande sablonneuse d'environ 1 palme (soit ~7 à 8 cm) sous laquelle est placée une autre bande réservée généralement à l'introduction propre à chaque Heure, de hauteur comparable. Le sol, au niveau de chaque registre, est constitué de la bande sablonneuse déjà évoquée. Chaque registre occupe très approximativement la hauteur d'une coudée, comme le montre le tableau précédent.

Mauvaise prévision du découpage en Heures

Les Heures semblent disposées selon un ordre illogique ou incompréhensible, comme l'estiment encore certains auteurs qui trouvent dommage un tel agencement. Cependant, comme nous l'avons déjà montré, le texte intégral des « Écrits de l'Espace Caché » et son « Abrégé » expliquent exactement où doit se trouver chaque Heure, conformément aux plans d'Horus lui-même.

Grâce à eux, nous savons que :
- les Heures H1 à H4 sont à l'ouest ;
- les Heures H5 et H6 sont au sud ;
- les Heures H7 et H8 sont au nord ;
- les Heures H9 à H12 sont à l'est.

Mais, avec une tombe en forme de cartouche et une entrée considérée comme l'ouest où se couche le soleil, il n'était pas facile de s'en tenir aux textes tout en s'obstinant à vouloir que l'entrée soit aussi à l'ouest symbolique (ce qui n'a pas été le cas chez AmenHotep II, fils de MenKheperRê, où sa porte d'entrée est située au nord symbolique).

Les décorateurs se sont retrouvés ainsi devant un problème quasiment insoluble : représenter quatre Heures sur les petits côtés prévus pour deux, et deux Heures sur les grands, sans provoquer de graves disproportions. Il ne leur restait que la solution que nous constatons aujourd'hui pour respecter le prototype : positionner les Heures comme le montre le rectangle rouge plaqué sur le schéma ci-contre.

Quelques points de repères sous forme de traits verticaux tracés en H4g et à l'avant de l'eau sous la barque de H11 , ainsi que le petit trait vertical de H5 , montrent que ces Heures ont été positionnées avec précision, mais sur des critères d'où paraît absente une idée claire et précise de la place qu'occuperaient les autres Heures. Les décorateurs en chefs semblent en effet ne pas avoir compris assez tôt que les portes provoqueraient une importante gêne pour la décoration. Dans les Heures où l'on se rend compte que la place manquera, on utilise deux techniques astucieuses et efficaces de gain de place : la répartition des scènes sur quatre registres au lieu de trois, et la compression des personnages d'aspect semblable représentés en effet perspective. Mais dans la tombe d'AmenHotep II, toutes les Heures, sauf la première, ont trois registres et jamais la compression des personnages par effet perspective n'est mise en œuvre.

Le tableau ci-dessous analyse les 12 Heures par rapport aux techniques de gain de place, en partant de la 5e Heure .

Heure Nbre de
registres
Compression
hors barque
Compression
dans la barque
Réduction
d'échelle
Présence
de porte
H05 3 aucune non aucune gêne
H06 3 fréquente oui non gênante
Introd. 5 colonnes au lieu de 10 comme chez AmenHotep II
H01 4 oui oui oui /
H02 4 fréquente oui oui /
H03 4 fréquente oui oui /
H04g 4 aucune oui oui peu gênante
H04d 3 aucune   non
H07 3 aucune oui non /
H08 3 aucune oui au R3 gênante
H09 3 aucune oui oui au R3 très gênante
H10 3 aucune oui non /
H11 3 aucune oui non /
H12 3 aucune oui non /

On constate que les problèmes importants de place n'existent que de la 6e à la 3e Heure . Le manque de place de la 3e Heure se reporte en partie sur la 4e Heure gauche où les compressions n'ont plus de raison d'être à cause de la réduction d'échelle imposée.
Il semble que la décoration ait commencé sans qu'un plan d'ensemble suffisamment minutieux ait été dressé. Les 11e, 12e et 5e Heures ont été réalisées les premières puisque H11 et H5 comportaient des points de repère de positionnement, puis on a poursuivi de H10 à H4d (ou l'inverse) sans éprouver de gêne ailleurs qu'aux portes et sans recourir à la technique de compression des personnages. La 9e Heure pose un problème bien particulier, à cause de la porte d'accès à la chambre II très perturbante (voir à ce propos le texte de présentation de cette 9e Heure).
On a sans doute terminé par la partie située entre la chambre IV et la porte d'entrée de la tombe (H6, Introduction, H1 à H4g). Et là, on s'est vite rendu compte que la place réservée à la hâte avait été nettement sous-estimée et qu'il fallait trouver les astuces dont nous avons parlé. Ces techniques ne nuisent d'ailleurs pas à l'harmonie générale de la tombe. L'effet perspective rompt la monotonie des longues suites de personnages. Si la réduction d'échelle aux Heures peintes sur quatre registres n'est pas perceptible, celle des serpents en H8R3 (à droite) et des divinités de H9R3 a de quoi surprendre.
Il est intéressant de noter que les personnages d'aspect semblable formant l'équipage de la barque solaire sont représentés en effet perspective sauf en H5 et H8. Chez AmenHotep II, les personnages ne sont jamais compressés, mais le manque de place se faisant sentir aussi un peu, mais de manière moins grave, c'est l'échelle de son équipage qui est réduite. Cette technique nuit à l'ensemble, à mon avis, car les divinités de la barque qui devraient toujours être majestueuses deviennent alors presque ridiculement petites .

Quant à la façon de travailler des dessinateurs, les marques d'esquisses finement tracées à l'encre très claire et quasiment imperceptibles sont rares et difficiles à détecter. L'artiste qui a dessiné les personnages a travaillé avec une maîtrise et une assurance extraordinaires, presque toujours au premier jet. Dans une série de plusieurs personnages à l'aspect identique, cette sûreté presque désinvolte dans le tracé saute aux yeux. Si plusieurs artistes différents ont travaillé à cette décoration, ils appartiennent à la même école et ont mis en œuvre des techniques identiques de dessin. Au niveau des têtes solaires étoilées de H4d R3 , des erreurs semblent avoir été commises puis réparées après effacement, tant au niveau du dessin que des textes qui les accompagnent.

On note parfois aussi des signes de hâte dans le manque de finition des registres eux-mêmes, par exemple dans les bandes sablonneuses (H9R2 à droite, et H11R1 et R2 à gauche).

L'écriture des textes

Partout dans la tombe, les textes de l'Amdouat semblent écrits de la même main. Ce scribe devait avoir toute la confiance du roi pour transcrire des textes considérés comme très secrets. Ils sont écrits en lignes ou en colonnes, et dans une graphie appelée hiéroglyphes cursifs, une graphie à mi-chemin entre le style monumental et l'écriture manuscrite habituelle des scribes appelée hiératique. Comme souvent dans les Formules pour Sortir le Jour (Livre des Morts), ils sont de plus en écriture rétrograde, c'est-à-dire à l'envers par rapport aux conventions habituelles, technique plutôt élémentaire de cryptage qu'ignoraient bien des scribes de rang ordinaire. Pour compliquer le tout, certains passages sont rédigés dans une écriture à énigmes, basée sur le principe de nos rébus, et d'une grande complexité.

Le scribe a une écriture assez agréable, sans raffinement excessif, et d'une élégance sans maniérisme. Toutefois, dans les textes qui décrivent des divinités tournées dans le sens opposé à la marche générale du cortège - c’est-à-dire vers la gauche - les hiéroglyphes sont eux-mêmes écrits de droite à gauche, et à l’envers par rapport à leur tracé habituel. Le scribe se montre alors nettement moins habile, ce qui se comprend facilement.

Les décorateurs ont dû travailler dans une ambiance très difficile, car le roi gisait peut-être déjà dans la tombe, comme on pourra le lire plus en détails un peu plus loin. Dans un tel contexte, on pourra certainement lui pardonner d'assez nombreuses étourderies telles que longues lignes non horizontales ou colonnes qui penchent faute d'avoir tracé des repères (par exemple à la 5e Heure), mots oubliés ou en double, passages omis, hiéroglyphes confondus avec d'autres, travail parfois même bâclé (encore à la 5e Heure, dans le tracé des cartouches royaux). De plus, dans certains passages où la place fait défaut, il est parfois malaisé de voir la frontière entre le texte et les noms de divinités qui le côtoient . J'ai signalé dans ma traduction bon nombre de ces petites faiblesses lorsqu'on en rencontre.

Sauf sans doute dans les textes à énigmes, le scribe de cette tombe comprend ce qu'il écrit. On peut en avoir la preuve dans une étourderie qu'il a commise au R3 de la 7e Heure. Dans un texte de trois lignes, au-dessus de douze déesses étoilées , il écrit d'abord les deux premières lignes en écriture rétrograde, de gauche à droite, comme il doit le faire ici. Mais au moment d'écrire la troisième ligne, il ne retourne pas à gauche mais continue à écrire son texte en partant de la droite vers la gauche, en écriture normale, comme il le ferait pour un texte profane. Il s'agit d'un exemple rarissime, en Égypte, d'écriture boustrophédon et d'une négligence peut-être due à la fatigue. Mais en agissant ainsi, il se met à écrire en clair ce qui était normalement caché et aurait dû le rester (655).

Le papyrus original ayant servi de modèle

Les artistes et les scribes ont obligatoirement travaillé à partir de modèles, sur un ou plusieurs papyrus, contenant les scènes de l'Amdouat et les textes correspondants. Faute d'avoir pu retrouver de tels documents, il ne nous reste que des hypothèses à formuler. Plusieurs observations tendent à démontrer que ce sont les mêmes papyrus qui ont servi pour les tombes de Thoutmosis Ier, MenKheperRê-Thoutmosis III et AmenHotep II. Et peut-être faut-il ajouter celle du vizir OuserAmon (656). En effet, on sait que la plus ancienne version des textes de l'Amdouat dont nous disposons figure dans la tombe KV 38 de Thoutmosis Ier (découverte en 1899 par Victor Loret). Les fragments qui en subsistent, pour bon nombre conservés au musée du Caire (657), indiquent par leurs dimensions, et celles de la tombe elle-même, qu'il s'agissait très vraisemblablement d'une version intégrale. Le document original n'a sans doute pas été dupliqué mais s'est retrouvé tel quel entre les mains des décorateurs qui l'ont transmis à la génération suivante jusqu'à AmenHotep II.

Cette hypothèse peut s'échafauder à partir des observations suivantes faites dans les seules tombes de MenKheperRê-Thoutmosis et d'AmenHotep II :
- les scribes des deux tombes éprouvent parfois des difficultés à recopier un texte déjà en mauvais état ou volontairement lacuneux, et ils le signalent dans l'expression gm wS (= « trouvé endommagé »), dans les deux versions, surtout au début du texte dont les premières Heures devaient se trouver enroulées à l'extérieur du papyrus ;
- cette expression « trouvé endommagé » se retrouve aux mêmes endroits, mais plus souvent chez AmenHotep II que chez MenKheperRê-Thoutmosis, ce qui accuse une dégradation accrue ;
- certaines scènes sont tronquées ou incomplètes (dans les deux versions) telles que la barque solaire du R3, à la 3e Heure , où ne figurent ni le nom du dieu solaire non représenté, ni les noms des membres de l'équipage [n°s 221 à 229] ;
- les scènes incomplètes le sont encore plus chez AmenHotep II, et aux mêmes endroits.

Le tableau ci-dessous résume un certain nombre des dégradations de cet hypothétique papyrus de travail décelées à travers les tombes des deux rois.

Emplacement du problème Nature du problème
chez MenKheperRê-Thoutmosis
Même scène ou même texte
chez AmenHotep II
H1, R2 [fin de 1,2 88] très lacunaire.
Le scribe renonce.
Paul. Bucher p. 120 [89]
trouvé endommagé (1 fois).
H1,R2
barque solaire
  P. Bucher planche XXVII
La barque solaire n'est même pas représentée.
H1,R2
noms des divinités
  P. Bucher p. 120 [93-94]
trouvé endommagé (1 fois).
H1, R3 [1,3 120] très lacunaire.
Le scribe, sans doute irrité, renonce et délaisse la fin du texte qui n'a pas été omis chez AmenHotep II.
P. Bucher p. 120 [114]
trouvé endommagé (2 fois).
Le scribe recopie tout de même le passage, ce qui nous permet de restaurer la lacune de MenKheperRê.
H1, conclusion [1,c 237]
trouvé endommagé (1 fois).
P. Bucher p. 124 [242]
trouvé endommagé (1 fois).
H2, R2 et R3 [2,2 82]
et [2,3 124 à 147] au-dessus des barques :
textes très lacunaires et incompréhensibles.
[R2 ici. Trois registres seulement dans cette tombe.]
P. Bucher p. 128 [116 à 157]
trouvé endommagé (12 fois !).
H2, R3 Les divinités 161 à 163 dans la barque centrale sont anonymes. [R2 ici. Trois registres seulement dans cette tombe.]
P. Bucher planche XXVII.
Les divinités 161 à 163 ne sont même pas représentées.
H3, R3 Les divinités 221 à 229 de la barque solaire de gauche sont anonymes. [R2 ici. Trois registres seulement dans cette tombe.]
P. Bucher planche XXVII.
Les 5 divinités de la barque sont des hommes sans tête et anonymes.
H5, R3 
zone ovale de Sokar
Voir note 232 rédigée par P. Bucher.
Texte initial [5,3 192-196] effacé et remplacé. Difficile à comprendre.
Voir note 232 rédigée par P. Bucher.
Texte initial [221, page 153] effacé et remplacé. Difficile à comprendre.
H7, R2 [7,2 69] 
Le scribe a lu « 443 coudées » au lieu de « c'est 440 coudées ».
Voir note 328.
P. Bucher p. 167 [97]
Le scribe a lu « 443 coudées » au lieu de « c'est 440 coudées ». Voir note 328.
H7, R2 [7,2 69], même § que ci-dessus.
Le mot « massacre » est incompréhensible et ne peut être restauré que par l'abrégé. Voir fin de note 328.
P. Bucher p. 167 [97], même § que ci-dessus.
Le mot « massacre » est incompréhensible et ne peut être restauré que par l'abrégé. Voir fin de note 328.

On constate que les mêmes dommages ou erreurs se rencontrent aux mêmes endroits dans les deux tombes, et même dans celles de Thoutmosis Ier et d'OuserAmon, ou avec de nouveaux dégâts ou une aggravation chez AmenHotep II dans des zones déjà lacuneuses. Il me semble donc hautement probable qu'un même papyrus ait servi à deux générations de décorateurs, voire à trois. 

Erik Hornung se demande si les lacunes, constatées depuis Thoutmosis Ier, sont dues à l'usure du papyrus ou plutôt à une volonté délibérée, dès le départ, d'en interdire la compréhension à tout scribe incompétent. Mais alors, dans cette hypothèse, bien d'autres passages de ces Écrits auraient dû subir le même traitement. Et les scribes des trois tombes auraient-ils tous manqué de compétence au point de n'avoir pas su corriger ou compléter leur modèle à partir de l'Abrégé ? Cela me paraît improbable, car ils n'y ont sans doute pas pensé et n'en avaient vraisemblablement pas le temps. Faute de pouvoir disposer de données complémentaires, le problème reste posé, et aucune réponse définitive ne peut lui être apportée pour l'instant.

Enfin, il semble certain qu'un scribe ne recopiait pas au hiéroglyphe près ce qu'il trouvait sur son modèle. Comme il comprenait ce qu'il lisait, il pouvait reproduire les mots avec des variantes orthographiques mineures sans altérer le sens du texte. Cela peut se démontrer avec un exemple assez drôle que l'on trouve au Pilier 2, face a, registre 2, ligne 4 [P2,a 4] dans l'Abrégé. Le scribe a écrit un premier mot puis, reprenant de la peinture, l'écrit par distraction une seconde fois mais avec une orthographe différente . Voir à ce propos la note 562.

4.5 Les 2 piliers

Si la chambre funéraire représente l'Espace Caché tel que l'a conçu Horus, les deux piliers (appelés parfois dans nos textes P1 et P2 ) sont le support de textes et d'images complémentaires importants. D'une part, un Abrégé, sorte de résumé du texte réparti sur les deux piliers, d'autre part une version très réduite des Litanies de Rê consacrées à cette « âme-ba qui fusionne » déjà rédigées en version complète sur le linceul de MenKheperRê-Thoutmosis. Enfin, la face b du Pilier 1 représente le roi et une partie de sa famille.

L'Abrégé

Cette sorte de résumé des 12 Heures de la nuit a pour titre « Abrégé de ce Livre ». Il est rédigé de droite à gauche, en lignes, et dans une graphie normale (donc non rétrograde), en hiéroglyphes cursifs. L'abrégé des cinq premières Heures figure sur la face a du Pilier 2 (sur 26 lignes) , et celui des sept dernières sur la face a du Pilier 1 (sur 41 lignes) . Bien qu'il s'agisse d'un condensé, on y trouve parfois de brefs détails qui ne figurent pas dans le texte intégral. D'autre part, il ne comporte pas de graphie énigmatique, ce qui permet d'élucider certains passages du texte intégral qui, sans cela, resteraient bien mystérieux.
L'Abrégé et l'intégrale présentent aussi quelques divergences mineures, et les mêmes passages peuvent parfois être écrits en couleurs différentes.

Les premiers textes de l'Amdouat n'étaient connus des pionniers de l'égyptologie que sous leur forme abrégée. On en a trouvé plusieurs exemplaires sur papyrus à l'usage de particuliers. Gustave JEQUIER en avait publié une traduction remarquable et clairvoyante, en 1894, qui s'appuyait sur les papyrus 3001 de Berlin, T.31 de Leiden et bien d'autres (658).

La version brève des Litanies de Rê

Le texte des Litanies de Rê est réduit ici au strict minimum, puisqu'il n'en comporte qu'un condensé au Pilier 1, face d (registre 1) . Quant aux 75 aspects de Rê/Osiris, ramenés par erreur à 74, ils sont représentés sur cinq des faces des deux piliers. On en retrouve la version intégrale, mais sans illustrations, sur le linceul de MenKheperRê-Thoutmosis (voir le paragraphe qui leur consacré au chapitre traitant de l'étude des textes).

4.6 Le sarcophage

Lorsque Victor Loret fouilla la tombe, il y découvrit un sarcophage ouvert et vide, dont le couvercle gisait à terre brisé net en deux entre la cuve et le Pilier 2. En revanche, aucune trace de vases canopes.

Caractéristiques

La plupart des informations qui suivent proviennent de l'ouvrage de William C. HAYES « Royal Sarcophagi of the XVIII Dynasty ». Toutefois, quelques détails concernant le sarcophage de Thoutmosis III y sont erronés, et certaines explications relatives à la disposition et au contenu exact des textes (en particulier pour les numéros 4, 9, 50 et 51) sont des plus confuses, malgré la remarquable qualité générale de l'ouvrage. Ces inexactitudes ont donc été corrigées à l'examen des photographies et par des observations in situ.
J'ai des soupçons sur d'autres détails que les photos ne me permettent pas de vérifier et qui concernent certains textes hiéroglyphiques à l'intérieur de la cuve difficile à observer aujourd'hui à cause de la présence du couvercle.
Les estimations de volume et de poids sont de l'auteur de ce cédérom.

MATÉRIAU
Quartzite jaune recouverte d'un vernis rouge foncé. Victor Loret le crut d'abord en porphyre mais il se rendit vite compte de son erreur.
FORME
• Sarcophage : cuve oblongue en forme de cartouche, arrondie au niveau de la tête et plate au niveau des pieds mais sans l'étranglement habituel à la base. L'arrondi de la tête est proche du demi-cercle. Au pied, les coins intérieurs de la cuve sont arrondis et ceux de l'extérieur présentent un biseau de 15 mm.
• Couvercle : bombé et de même plan que le sarcophage. La face extérieure est convexe, celle de l'intérieur est plate et les côtés verticaux. La face intérieure est entièrement bordée d'une feuillure pour que le reste du couvercle s'adapte aux dimensions intérieures de la cuve. Au pied, les coins extérieurs présentent le même biseau que celui de la cuve.
DIMENSIONS
Longueur 236 cm
Largeur 85 cm
Hauteur avec couvercle emboîté 97,5 cm
Hauteur du sarcophage seul 86 cm
Hauteur totale du couvercle 14,5 cm
Hauteur de la feuillure du couvercle 3 cm
Épaisseur minimum du couvercle 9,5 cm
Épaisseur des flancs du sarcophage 8 cm
Épaisseur du fond du sarcophage 9,5 cm
TROUS POUR LEVIER
Sarcophage : aucun.
Couvercle : un trou au milieu de chaque extrémité inférieure, comme on peut le vérifier sur la photo couleur.
ESTIMATION DU VOLUME DE PIERRE 
Cuve : 462,3 dm3 environ
Couvercle : 268,7 dm3 environ
Volume total de pierre :   731 dm3 environ.
ESTIMATION DU POIDS (densité de la quartzite = 2,65)
Cuve : 1 225 kg environ
Couvercle : 712 kg environ
Poids total :  1,937 tonne environ.
COULEURS
Couleur de base : rouge foncé verni et poli sur toutes les surfaces du sarcophage et de son couvercle.
Couleurs secondaires : jaune pour les hiéroglyphes et quelques traces visibles sur des divinités. Blanc pour la cornée des yeux-oudjat, sur le flanc extérieur gauche.
ÉTAT DE CONSERVATION
Sarcophage : bord supérieur, côté tête, endommagé par les pillards. Une partie du texte horizontal à cet endroit a été détruit. Brèche aujourd'hui colmatée tant bien que mal.
Couvercle : brisé net en deux dans le sens de la largeur. Cependant, il est bien conservé malgré sa chute, et de nos jours, après un recollage très réussi, on distingue à peine la cassure. Il a été remis à sa place, au-dessus du sarcophage dont il est séparé par 4 poutrelles de bois.
Peinture : très bien conservée mais assombrie par le vernis.
Socle : bloc rectangulaire d'albâtre de 105 cm de large sur 35 cm de haut. Brisé par les pillards chercheurs de trésors en 6 gros morceaux et plusieurs autres plus petits. Des traces de scellement au plâtre ont été constatées par John Romer.
POSITION
Situé derrière le Pilier 2, il est orienté de telle sorte que la tête de la momie puisse contempler le soleil renaissant sous forme de scarabée à l'extrémité droite de la 12e Heure, au registre 2. En considérant que la porte d'entrée de la tombe est située à l'ouest, la tête du roi défunt était placée au nord et ses pieds au sud, comme de coutume à cette époque. La cuve avait été presque totalement séparée de sa base et déplacée vers le Pilier 2. Le couvercle gisait à terre, face intérieure tournée vers le haut, entre le flanc droit de la cuve et le Pilier 2.
Aujourd'hui, le socle a été restauré, le sarcophage a été remis à sa place originale et le couvercle placé au-dessus, séparé de la cuve par des poutrelles en bois de section carrée. Un plancher moderne recouvre le sol de la tombe.
La momie de Thoutmosis III
Comme on le sait déjà, le sarcophage en pierre resté dans la tombe était vide. La momie de MenKheperRê-Thoutmosis III avait été trouvée, dans son sarcophage intérieur en bois, dans la fameuse cachette de Deir el-Bahari où les prêtres de la XXIe dynastie (époque de Siamon, Pinedjem I et II) l'avaient déplacée et fort bien cachée avec une quarantaine d'autres dépouilles de rois et de grands prêtres, pour les soustraire aux pillards. Elles avaient été transférées au musée du Caire.
Cette cachette avait d'abord été découverte et exploitée secrètement par les frères Abderrasoul de Gournah en 1871 puis, après une enquête policière et sa redécouverte officielle, étudiée par Maspéro et ses chercheurs à partir du 6 juillet 1881 (MAFC, fascicule 3, pages 511 à 548).
A l'occasion des travaux menés à l'époque par les égyptologues sur ces momies, Gaston Maspéro montre son agacement devant l'impatience de ses collègues excités par ces nouvelles et prodigieuses découvertes : « ...M. Emile Brugsch n'avait pu résister au désir de voir à nu la face de l'une d'elles [les momies royales], et avait ouvert, sans ordre et pendant mon absence, la momie de Thoutmos III : elle avait été déjà fouillée par les Arabes, et les traits en étaient défigurés...» (MAFC,3 page 525).

Le sarcophage en bois de cèdre anthropoïde mesure 207 x 67 cm (largeur maximum aux coudes) et 63 cm de hauteur. Il a environ 4 cm d'épaisseur. Gaston Maspéro le décrit en ces termes : « Cercueil jadis peint et doré, mais défiguré par les voleurs : l'intérieur est enduit d'une couche de bitume qui rend les légendes presque illisibles. On distingue pourtant, à la face intérieure du couvercle, et au fond de la cuve, deux bandes hiéroglyphiques, contenant les discours accoutumés de Nouit [Nout] et de Sibou [Geb] au roi Thoutmos III [avec texte hiéroglyphique]. La momie, enveloppée, mesurait 1 m 55 de long. Dépouillée dans l'antiquité, puis brisée en trois, elle avait été refaite, probablement dans le même temps que les autres momies de la XVIIIe dynastie. Comme les morceaux ballottaient, les restaurateurs lui avaient mis, en guise d'éclisses, quatre petites rames de bois peintes en blanc, une au-dehors, trois au-dedans du maillot, qui donnèrent quelque solidité à l'ensemble. M. Emile BRUGSCH-BEY l'ouvrit, pendant les derniers jours de juillet 1881, en présence de MM. LEFÉBURE, BOURIANT et LORET, alors directeur et élèves de la Mission Française du Caire. La momie était dans un état déplorable ; les morceaux mis bout à bout mesuraient 1 m 60 de longueur [mais 1,61 m selon Ellioth SMITH]. Le linceul, déchiré en trois lambeaux, était couvert de textes funéraires, Livre des Morts et Litanies du Soleil...» (MAFC,3 page 547-548)

Pourquoi a-t-on mis des « rames de bois », pour consolider la momie brisée sous les bandelettes au lieu de simple perches ? Les prêtres de la XXIe dynastie connaissaient le symbolisme des rames, outil que le défunt peut utiliser pour naviguer plus aisément dans la barque de Rê qu'il accompagne. On a d'ailleurs trouvé plusieurs rames près du sarcophage de ToutAnkhAmon. Elles sont aussi représentées sur les murs de tombes comme celle de la reine Néfertari , où elles sont associées à chacun des points cardinaux. De plus, les textes mêmes de l'Amdouat les évoquent, par exemple en H12R3, comme armes entre les mains des rameurs : « Ils existent de cette façon [les dieux rameurs 889-892 et 894-897] portant leurs rames . Ce sont eux qui repoussent Apop à l'arrière du ciel après la naissance du dieu ».

L'authenticité de cette momie (CG 61068 au musée du Caire) fait l'objet de controverses. J.E. HARRIS et E.F. WENTE qui ont étudié plusieurs momies aux rayons X pensent que la dépouille serait celle d'un homme décédé entre 35 et 40 ans. Ce résultat est difficile à concilier avec la mort du roi qui survint l'an 54 de son règne, si l'on en croit le récit de la tombe d'AmenEmHeb (660), soit à l'âge de 64 ans environ. D'autres contestent la validité d'estimation des âges de momies déduites par rayons X. « Quoi qu'il en soit, écrit Dimitri LABOURY (661), aucun argument définitif ne permet aujourd'hui de mettre en doute l'identification de CG 61068 à la momie de Thoutmosis III. Au contraire, la découverte de cette momie dans un des cercueils originaux du roi, avec le linceul original du souverain, - sans doute enroulé autour d'elle, - constitue un indice très sérieux en faveur de cette attribution » .

Le linceul

Constitué au départ d'un drap de 5,36 m, il a été retrouvé dans la cachette de Deir El-Bahari entourant la momie de ce roi. Il a été réalisé sur ordre d'AmenHotep II qui en a fait la dédicace à son père défunt. Les noms des deux rois y figurent. Mais les frères Abderrasoul de Cheikh Abd-el-Gournah avaient déjà visité la cachette avant les égyptologues. Ils n'avaient pu en dérober que des morceaux car, enroulé au moins par trois fois autour de la momie, le linceul n'était pas facile à emporter dans sa totalité.

Aujourd'hui, les fragments du linceul sont dispersés aux musées du Caire (CG 40001) et de Boston. Mais l'histoire de leur dispersion ne fait pas l'unanimité chez les égyptologues. La partie inférieure est détruite. Parmi les textes rédigés de gauche à droite en hiéroglyphes cursifs sur 250 colonnes en graphie rétrograde, on distingue, sur ce qui subsiste, les chapitres 17 et 18 des Formules pour Sortir le Jour (à gauche), puis les Litanies de Rê (au centre) dont une réduction illustrée orne les deux piliers de la chambre funéraire (659), et enfin le chapitre 125 des mêmes Formules pour Sortir le Jour (à droite).

5. Travail trop hâtif ou choix délibérés ?

On a souvent écrit que cette tombe avait été creusée et décorée dans la précipitation. Il me semble que, dans une telle affirmation, on prend la partie pour le tout et que, si la décoration a bien été réalisée à la hâte, il est beaucoup plus délicat d'en dire autant du creusement dans le rocher.
Toute la partie qui va de l'entrée jusqu'au puits montre un travail d'excavation sans raffinement particulier, et parfois même grossier. Mais il en va tout autrement de l'antichambre et de la chambre funéraire, et il ne faut pas se laisser berner par les apparences.
Comment donc admettre que tant d'éléments non terminés (descenderie par exemple) ou dissymétriques soient dus à la hâte ou à des difficultés techniques ? Les bâtisseurs égyptiens avaient fait depuis longtemps la preuve de leur très grande maîtrise dans ce domaine. D'ailleurs, dans les dynasties qui suivront, les carriers démontreront largement leur savoir faire en creusant de longs couloirs droits et des chambres aux murs parallèles. Il faut donc rechercher ailleurs les causes de ces apparentes bizarreries de disposition, tellement les architectes semblent s'être ingéniés à ce que tout présente un aspect chaotique.

N'oublions pas que la chambre funéraire matérialise un espace caché, comme l'affirment les tout premiers mots du texte d'introduction. Il s'agit de l'exacte reproduction de ce lieu de la Douat où Horus a dissimulé secrètement le cadavre de son père Osiris, comme se plaisent à le répéter les textes. On ne doit pas pouvoir découvrir facilement un lieu aussi secret et les chemins pour y parvenir sont tortueux : « Elle n'est pas connue, pas visible et pas observable, cette image d'Horus lui-même » [5i,3]. 
Si l'Espace Caché lui-même doit être impeccable (forme du cartouche, décoration soignée etc.) il n'en va pas de même des accès et des environs qui doivent représenter l'aspect sinueux, inhospitalier et secret de la Douat...

L'étude approfondie de la tombe a pu mettre en évidence des axes rigoureux mais dans une disposition qui dérange notre logique moderne. Si l'on y ajoute que les abords de l'Espace Caché présentent des aspects chaotiques et apparemment illogiques (dans l'antichambre, rotation des Heures dans le sens inverse de celui des divinités), on ne peut que conclure à une volonté délibérée des architectes pour concrétiser un environnement plein de détours, d'incertitudes et d'aberrations permettant de mieux dissimuler un lieu aussi sacré.

Seules des raisons religieuses peuvent expliquer à mon sens le plan de cette tombe, et non pas la hâte qui ne se justifiait pas puisque les travaux de creusement avaient dû commencer de nombreuses années avant le décès du roi. Il est en effet inimaginable qu'un pharaon n'ait pas entrepris très tôt de faire construire sa demeure d'éternité. En revanche, il avait fallu en différer la décoration, les artistes étant vraisemblablement occupés sur des chantiers plus prioritaires, tant que le roi vivait et restait en bonne santé. La décoration n'est sans doute entrée dans une phase plus active qu'à l'annonce du décès du roi, car sur ce point, les preuves de hâte abondent.

6. Séquence probable des opérations

Lors de notre étude des chambres latérales, nous avions pu constater que la dernière fine couche de plâtre, appliquée pour terminer proprement la pose des portes en bois, chevauchait de 10 cm environ les murs de la chambre funéraire principale. Si la différence de textures était encore détectable lors de l'étude de John ROMER, le plus intéressant de son enquête réside sans doute dans la constatation que les illustrations et les textes de l'Amdouat ont été tracés par-dessus cette couche de finition. Cet indice très important démontre de façon certaine que les artistes ont réalisé les Écrits de l'Espace Caché (les 12 Heures de la nuit dans la Douat) après que les chambres latérales ont été fermées et scellées, autrement dit après les funérailles du roi, alors que pour d'autres rois (HorEmHeb par exemple) on avait arrêté les travaux avant la cérémonie et fermé définitivement la tombe.

Cette découverte nous en dit long sur l'atmosphère dans laquelle les décorateurs, scribes et artistes ont dû travailler. Car si les funérailles avaient bien eu lieu, il fallait obligatoirement que la momie du roi divinisé repose quelque part, et l'on voit mal où elle aurait pu être déposée si ce n'est dans la tombe elle-même, et plus précisément dans le sarcophage. Même de nos jours, il n'est pas envisageable de réaliser des travaux dans une pièce où repose un cadavre sans éprouver une très forte gêne. On peut dès lors assez facilement imaginer dans quelle ambiance malsaine des gens naturellement joyeux mais très superstitieux ont été conduits à travailler durant plusieurs semaines dans ce lieu mal éclairé et appartenant déjà un peu à l'au-delà...

John Romer propose une séquence très vraisemblable des travaux réalisés dans cette tombe depuis son creusement jusqu'à sa fermeture. Nous en reproduisons la trame ci-dessous.

Séquence des travaux dans la tombe de MenKheperRê-Thoutmosis III (KV 34)

1. Creusement de la tombe Certaines parties présentent un aspect inachevé
2. Plâtrage des murs Épaisseur de ~5 cm
3. Peinture des plafonds et des frises Plinthes hâtivement peintes et mal terminées
4. Funérailles du roi et élargissement de trois passages pour permettre l'introduction d'éléments plus volumineux du mobilier funéraire (mais pas le sarcophage) Élargissement jusqu'à 1,30 m. 
Textes de l'antichambre postérieurs à cet élargissement. 
Bien que très probable, ce scénario ne reste qu'une hypothèse.
5. Scellement des chambres latérales
6. Réalisation des peintures et textes de la chambre funéraire
7. Décoration de l'antichambre
8. Réfection des frises endommagées du puits (après l'étape 4)
9. Fermeture de la tombe

7. Pillage et vandalisme

On ne peut dire avec certitude à quelle époque la tombe a été pillée. Des traces de coups de pics ont été trouvées sur les côtés des portes conduisant à l'antichambre et à la chambre funéraire. Les pillards avaient sans doute des connaissances assez précises de l'architecture des tombes pour s'y aventurer et y trouver rapidement les trésors qu'ils cherchaient.

Les graffitis laissés par un certain scribe AmenHotep dans la chambre funéraire à la 4e Heure, dont on pense qu'ils datent de la fin de la XXe dynastie (vers 1100 avant J.C.), démontrent qu'il était alors possible d'y pénétrer, car des voleurs avaient déjà dû s'y introduire bien avant lui et y dérober son très riche contenu. Des témoignages datant de cette même époque, entre Ramsès IX et Ramsès XI, font état du pillage de nombreuses tombes royales. Plusieurs documents contemporains de Ramsès IX relatent des scandales qui éclaboussèrent de hauts personnages de Thèbes (662). On s'en émut à tel point que la momie de Ramsès II fut transférée, à l'époque de Ramsès XI, dans la tombe de Séthi Ier. Un siècle plus tard environ, un nouveau déménagement fut décidé par les prêtres de la XXIe dynastie (époque de Siamon, Pinedjem I et II) pour la fameuse cachette de Deir El-Bahari qui ne fut redécouverte de nos jours que dans le dernier quart du XIXe siècle (663).

A l'inverse, la chambre II a été réutilisée à une époque beaucoup plus tardive, soit au cours des dernières dynasties soit au début de l'époque ptolémaïque, pour y déposer deux sarcophages contenant des momies de femmes.

  Le vandalisme moderne

Si les tombes égyptiennes de l'antiquité n'ont pas pu résister à la cupidité des hommes de l'antiquité, elles n'ont pas pu échapper non plus à celle des hommes d'aujourd'hui. Malgré les efforts de l'administration égyptienne moderne, des chefs-d'œuvre sont parfois encore dérobés grâce à des complicités difficiles à démontrer.
Mais si ces vols contemporains ont de quoi révolter, sans oublier non plus que d'innombrables vols officiels ont été commis autrefois par les représentants des États occidentaux pour ennoblir leurs musées, on a aussi le devoir de s'insurger contre le vandalisme ou du moins l'insouciance scandaleuse de certains touristes qui endommagent en quelques secondes ce que le temps a su préserver durant 3500 ans. Les deux images ci-dessous en sont le lamentable exemple. 

La scène reproduite ici figure au Pilier 1, face b de la tombe de MenKheperRê-Thoutmosis et a été gravement endommagée par un ou plusieurs gestes qui, bien que sans doute involontaires, n'en sont pas moins imbéciles et impardonnables.

Que cet exemple affligeant soit l'occasion de rappeler à tous, touristes, accompagnateurs et guides, qu'il ne faut jamais toucher une peinture ou une œuvre ancienne avec ses doigts ou quelque autre objet. De plus, il ne faut jamais s'appuyer sur un mur, une peinture ou une colonnade, même si ce geste peut apparemment ne présenter aucun risque pour l'objet. Répété des centaines de milliers de fois, ce geste a priori anodin l'anéantira peu à peu et à jamais au fil des jours.


Image en bon état 
(avant 1987)


Image endommagée (zones en couleurs),
depuis au moins 1993

8. Quelques données en chiffres

8.1 Tombe

Date de la découverte 
12/02/1898 par l'inspecteur Hosni
Date d'ouverture 
21/02/1898 par Victor Loret
Identification 
KV 34 (664)

Dimensions des salles, portes et piliers

Passage d'entrée 
2,04 m de haut x 1,35  m de large
Corridor b 
environ 10 mètres de long
Accès au passage c-d 
1,95 m de haut x 0,97 m de large élargi à 1,30 m
Corridor d 
environ 7 mètres
Accès au puits e 
1,90 m de haut x 1,13 m de large, élargi à 1,30 m
Salle du puits (e
5,15  x 3,96 m (hauteur d'environ 5 m à partir du plafond)
Accès à l'antichambre (e-1)
(1,50 à 1,70 m de haut d'après photo) ; passage élargi à 1,30 m
Antichambre (1
environ 11 x 8 x 2,75 m
Piliers de l'antichambre 
1,26 x 1,10 x 2,75 m
Porte d'entrée de la chambre funéraire 
1,35 x 2,29 m
Chambre funéraire (2)
14,67 x 8,50 x 3,18 m 
soit 28 x 16 x ~6 coudées
Arcs de cercle des 4 coins
4 coudées 
(celui du sud-ouest fait 5 coudées)

8.2 Sarcophage

Longueur
236 cm
Largeur
85 cm
Hauteur avec couvercle emboîté
97,5 cm
Hauteur du sarcophage seul
86 cm
Hauteur totale du couvercle
14,5 cm
Hauteur de la feuillure du couvercle
3 cm
Épaisseur minimum du couvercle
9,5 cm
Épaisseur des flancs du sarcophage
8 cm
Épaisseur du fond du sarcophage
9,5 cm
Volume total estimé
731 dm3 
Poids total estimé
1,937 tonne

8.3 Momie

Identification au musée du Caire
CG 61068
Taille (momie cassée en 3 morceaux)
entre 1,55 et 1,61 m selon les estimations
Longueur largeur et hauteur 
du sarcophage anthropoïde en cèdre

207 x 67 x 63 cm
Épaisseur de ce sarcophage
environ 4 cm

8.4 Linceul

Identification au musée du Caire
CG 40001 
Longueur 
5,36 m

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Notes

(650) La tombe KV 42 est attribuée soit à son père Thoutmosis II soit à MerytRê (épouse de MenKheperRê) selon les égyptologues.

(651) La nature exacte du grand trait vertical tiré à ce point B pose tout de même un problème. Il est vraisemblable qu'il ait été tracé après détermination du point A (à l'avant de l'eau sous la barque de H11) et avant la mise en place du R4 gauche, car la zone sablonneuse au-dessus de lui semble chevaucher la courte partie supérieure de ce trait qui dépassait sans doute. Sa place a dû permettre de situer l'extrémité gauche de cette 4e Heure, puisqu'il se trouve en plein milieu du registre dont la porte d'entrée de la tombe constitue l'autre extrémité immuable.
Mais un mystère subsiste. L'artiste de la tombe d'AmenHotep II, qui a très certainement utilisé le même document de travail, reproduit lui aussi ce trait au même endroit. Ce n'est plus un point de repère, car le serpent 323 (le Caché) se trouve même isolé par un deuxième trait qu'on lui ajoute devant la tête. Bien plus, le petit trait de H5R3 (point B de l'axe AB) devient un grand trait au même endroit chez AmenHotep II, complété par un deuxième qui isole le serpent 395 (Ouamemty ?), sans parler d'un... troisième trait devant le sphinx 392 !
Il apparaît donc clairement que l'artiste d'AmenHotep II n'a pas interprété ces traits, inscrits sur son papyrus, comme des points de repères (dont il n'avait d'ailleurs nullement besoin dans cette tombe) mais comme un élément décoratif incomplet destiné à isoler des serpents (pourtant bénéfiques). On peut toucher du doigt, ici, combien l'interprétation et la compréhension d'une même donnée peuvent évoluer et même changer de nature d'une génération à l'autre, même aux temps anciens. Cela nous oblige à beaucoup de prudence dans les nôtres, aujourd'hui...

(652) On y lit (en anglais, au volume 2, page 553), à propos de la tombe KV 34 de Thoutmosis III et à la rubrique Découvertes : « ...Modèle réduit de bateau avec cartouche du roi, peut-être d'ici [= la tombe KV 34] (Amherst Collection, N° 81), à San José (Californie), Musée Rosicrucien 481. Sotheby Sale Cat., 13-17 juin 1921, pl. xvi, p. 8. »
Cet admirable petit bateau n'est recensé ni par Loret, ni par Daressy, ni par Carter. De tels experts n'auraient pas manqué de mentionner un si bel objet, s'ils l'avaient vu. Il provient sans doute d'ailleurs, à moins qu'il ait été dérobé dans la tombe par des voleurs, dans l'antiquité, et qu'il soit parvenu jusqu'à nous... après bien des escales.

(653) Lucas, Egyptian Materials and Industries (London, 1962) p.77, cité par John Romer dans MDIK 31,2.

(654) Comme par exemple dans la très célèbre tombe de Sennefer dite aussi Tombe aux vignes (Thèbes, à Cheikh Abd-el-Gournah), et dans de nombreuses autres.

(655) Dans la tombe d'AmenHotep II, le scribe n'a pas commis la même erreur. Son texte est disposé en colonnes et en écriture rétrograde. C'est donc bien le scribe de MenKheperRê qui s'est trompé.

(656) Dans la tombe d'OuserAmon (Thèbes n° 61), vizir de MenKheperRê/HatChepsout puis de MenKheperRê seul, on a également trouvé une version complète de l'Amdouat, sa version abrégée et  le début de la version complète des Litanies, ce qui surprend beaucoup dans une tombe non royale. Leur contenu ressemble tellement à celui de MenKheperRê-Thoutmosis qu'Erik Hornung se demande s'il ne s'agirait pas d'une présentation commune.

(657) Ils se trouvent dans la galerie est du rez-de-chaussée, et certains autres au 1er étage. Ils sont répertoriés dans ce musée au catalogue CG 24990 (établi par Georges Daressy) et aux registres spéciaux n° 2328-2330.

(658) Il connaissait les tombes de Séthi Ier et de Ramsès VI et de quelques autres rois dont les textes de l'Amdouat étaient incomplets. Il ignorait celles de Thoutmosis Ier, de MenKheperRê-Thoutmosis III et d'AmenHotep II découvertes plus tard. Mais il avait pu parfaire ses connaissances sur ce sujet grâce au sarcophage de Ramsès III (au Louvre) et à de nombreux autres papyrus tels que les n°s 3071, 3109 et 3451 du Louvre, un papyrus de Turin, et les n°s  T.72 et T.77 de Leiden.

(659) Voir le paragraphe qui leur est consacré au chapitre traitant de l'étude des textes.

(660) Inscription dans la tombe d'AmenEmHeb, à Cheikh Abd-el-Gournah, ligne 37. AmenEmHeb était un compagnon d'armes de MenKheperRê-Thoutmosis et il avait sauvé la vie du roi à plusieurs reprises. Voir, à propos de cette date, BREASTED (AR II, page 234, § 592) ou Philippe VIREY dans « Le Tombeau d'Amenemheb » (in MAFC,5 page 240).

(661) Voir GM,156 (1997), article de Dimitri Laboury intitulé « A propos de l'authenticité de la momie attribuée à Thoutmosis III ».

(662) En particulier des pièces de procès intentés contre les pillards de la nécropole de Thèbes : papyrus Abbott, Amherst et Léopold II qui proviennent peut-être des archives du temple ramesside de Medinet Habou. Les voleurs y décrivent leurs forfaits avec de nombreux détails, les langues se déliant grâce à quelques incitations policières musclées.

(663) Voir Nicolas GRIMAL, Histoire de l'Égypte Ancienne - Fayard - Paris, 1988 (pages 355 à 357).

(664) KV (Kings Valley) signifie Vallée des rois en anglais.